Quelques faits motivent ce billet de (mauvaise) humeur.
Le 25 juin 2011, Le Monde publie un billet intitulé : “Un métier à découvrir : ethno-musicologue”. À la fin de l’article, on peut lire la phrase suivante : “les formations ne courent de toute façon pas les rues. A côté du master en « Ethnologie, préhistoire, ethnomusicologie » de Nanterre et de Clermont-Ferrand, signalons aussi celui de l’université Saint-Denis en « musicologie, création, musique et société ».
Chacun appréciera la qualité d’une telle information qui laisse de côté des dizaines de formations en France (et aussi à Paris). Devant un texte aussi partial, les lecteurs se sont fait un devoir d’apporter de nombreux compléments d’informations (à l’époque, Le Monde le permettait), en rappelant que si les formations “ne courent pas les rues”, il y a heureusement d’autres pôles universitaires de formation que ceux-là.
Le 17 janvier 2012, c’est le billet extrêmement discutable signé Véronique Mortaigne (cf. mon billet intitulé “Droit de réponse à Véronique Mortaigne” qui, à ce jour – 29 janvier 2012 –, n’a toujours pas suscité de réaction de la part de Mme Mortaigne), intitulé “Vent nouveau sur l’ethnomusicologie française”, et qui nous présente en fait une ethnomusicologie exclusivement parisienne, avec en plus de grossières erreurs que de nombreux collègues m’ont signalées depuis. Là aussi chacun appréciera la haute qualité de ce magnifique travail journalistique. Il n’y a pas de doutes : certaines enquêtes du Monde doivent se faire à la cafétéria du journal ou au bistrot du coin.
Troisième fait (et sans doute pas le dernier, malheureusement) : récemment, l’une de mes étudiantes, pour sa propre recherche, demande un rendez-vous à un responsable de l’une des grandes institutions parisiennes (et nationales) de la mémoire ethnologique qui, du haut de son arrogance et de son piédestal, se livre à une attaque en règle contre l’Université de Nice, “dont on n’entend jamais parler”. Cet entretien sur le mode : “Mais que faites-vous dans une telle région et dans une telle université [Nice]“, “C’est du temps perdu”, “Le vrai salut est de venir étudier à Paris”, “D’autant plus que tout est bouché en ethnomusicologie et que vous n’arriverez pas à vous professionnaliser” a pour effet de perturber assez sérieusement l’étudiante en question.
Jusqu’où cela va-t-il continuer ?
Je dirai donc à tous ces parvenus de venir voir ce que l’on fait “en province” (!) et d’apprécier les conditions dans lesquelles on arrive tout de même à inventer des cursus innovants et à former au mieux des étudiants. Cela les changera sans doute de ce qu’ils connaissent de leur cercle étroit parisien.
Pour le reste, laissons les tenants de cette morgue parisianiste et condescendante se gargariser entre eux et s’auto-congratuler, et poursuivons notre route, animé, comme tout le monde, du souci de la défense et de la promotion du service public de la recherche et de l’enseignement supérieur.